6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 21:38

Comme je l’ai déjà dit, je suis né au sein de l’église adventiste, et j’ai milité en son sein durant trente-trois ans. Mon cheminement dans la réflexion et l’expérience m’a amené à m’interroger sur la vraie nature de cette église que j’ai héritée de ma mère.

Mon malaise n’a pas arrêté de s’intensifier au fur et à mesure de mon analyse théologique, et a atteint son apogée à la faveur d’une expérience où il m’a semblé que j’assistais à l’activation d’un certain nombre de réflexes sectaires.  Dans un premier temps, il m’a été difficile d’admettre que cette église qui avait tant compté dans ma vie pouvait avoir quoique ce soit de sectaire car mes dispositions d’esprit ne m’inclinent nullement à m’accommoder de ce type d’appartenance.

Il a donc fallu que je fasse le difficile exercice de considérer ce qu’était une secte et de jeter un regard aussi objectif que possible sur le fonctionnement de l’église adventiste.

J’ai déjà produit dans mes précédents articles un certain nombre de réflexions et d’observations sur lesquelles je ne reviendrai pas. Je m’applique plutôt ici à donner une réponse aussi claire que possible à la question de savoir si l’église adventiste est une secte ou pas.

Dans l’esprit d’une vaste majorité de gens, le mot secte évoque un stéréotype : un gourou délirant, des adeptes vivant sous l’emprise totale du gourou dans une situation d’enfermement et de secret, et des pratiques bizarres présentant un caractère manifestement nuisible pour les adeptes.

Ce stéréotype a nourri l’imagerie populaire à partir des cas surmédiatisés  tels que Jim Jones et le Peuple du Temple, David Koresh et les Davidiens,  Gilbert Bourdin et le Mandarom, le duo Luc Jouret/Jo DiManbro et le  Temple Solaire,Shoko Asahara et l’Aum Shinri-ky, ou encore Joseph Kibwetere et le Mouvement pour la restauration des dix commandements en Ouganda.

 Evidemment, on ne saurait assimiler l’église adventiste à de tels mouvements, et cette différence m’avait toujours rassuré sur sa nature.

Le problème, c’est qu’une telle caricature est trompeuse car elle masque la réalité  protéiforme du phénomène sectaire et empêche de le reconnaitre dans ses diverses manifestations.

Anne FOURNIER et Michel MONROY, respectivement expert auprès de la Mission interministérielle contre les sectes et psychiatre, ont coécrit un remarquable ouvrage (LA DERIVE SECTAIRE), dont le contenu est particulièrement utile pour l’identification des groupes à caractère sectaire. C’est d’ailleurs, à mon sens, le meilleur ouvrage sur la question des sectes et j’en recommande vivement la lecture.

Cet ouvrage est d’autant plus intéressant qu’au lieu de proposer une étiquette de secte, il identifie les facteurs qui créent la dynamique ou la dérive sectaire, permettant ainsi d’identifier les groupes qui, sans offrir le profil type des sectes réputées dangereuses, n’ont pas moins un fonctionnement à caractère sectaire.

Ces deux auteurs montrent que ce serait une erreur d’avoir une vision univoque des groupes sectaires, une seule typologie ne suffisant pas à définir une secte.

Ils mettent en garde contre un certain nombre d’idées préconçues qui peuvent empêcher une identification correcte des groupes sectaires et une réaction appropriée par rapport à ce phénomène :

·         Considérer les adeptes soit comme des gens qui se font naïvement et passivement embrigader, soit comme des sujets totalement conscients de leur démarche.

·         Croire que les groupes sectaires n’ont que des effets négatifs sur leurs adeptes.

·         Croire que les risques encourus sont toujours les mêmes dans tous les groupes sectaires.

·         Ne voir le phénomène sectaire que sous l’angle de la dérive maffieuse.

·         Diaboliser systématiquement le phénomène sectaire.

·         Banaliser le phénomène sectaire.

·         Penser que le phénomène sectaire ne concerne que les pouvoirs publics et les associations de lutte.

·         Croire qu’on est personnellement immunisé contre toute implication dans une dérive sectaire.

Ils définissent pour leur part la dérive sectaire comme « la construction d’une allégeance inconditionnelle au sein d’un isolat culturel autoréférent, à caractère expansif dans différents domaines de la vie individuelle et sociale. »

Cette définition aux résonnances techniques et savantes est particulièrement intéressante car elle est suffisamment large pour ne pas risquer d’exclure des groupes sectaires qu’on pourrait ne pas percevoir d’emblée comme tels, et suffisamment précise pour qu’on ne risque pas de poser l’étiquette de secte sur des groupes qui n’en sont pas. Elle décrit un schéma selon lequel les facultés critiques de l’individu tendent à s’abolir dans le cadre d’un groupe fermé sur lui-même et animé par une idéologie exerçant une emprise totalitaire sur la vie de ses membres.  Ce schéma ne n’applique pas seulement aux groupes religieux car ce ne sont pas les seuls à fonctionner sur le mode sectaire.

Déjà, à travers cette définition, on retrouve le fonctionnement essentiel de l’église adventiste : tout bon adventiste se veut indéfectiblement loyal à l’égard du mouvement, indépendamment de ses dérives, puisque « l’église  a été établie par Dieu et appartient à Dieu qui saura la réformer si nécessaire », et le mouvement constitue un milieu fermé, une véritable sous-culture au sein de la culture ambiante  à partir du principe qu’il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes,  avec une idéologie religieuse qui norme tous les comportements dans toutes les sphères de la vie individuelle.

Les effets regrettables qui découlent de la dérive sectaire, tels qu’ils sont identifiés par FOURNIER et MONROY,  sont notamment : le renoncement à la critique, les dangers pour la santé, les perturbations dans l’éducation des enfants, voire de manière exceptionnelle les suicides collectifs. Mais ce sont là des effets observés surtout dans les sectes qui se rapprochent du stéréotype mentionné plus haut, ce que Jean-Marie ABGRALL appelle les sectes contraignantes dans son ouvrage LA MECANIQUE DES SECTES. En réalité, les dangers de la dérive sectaire sont plus nombreux, et plus insidieux que cela. Pour ne citer que quelques exemples, qu’en est-il de l’apparition ou de l’intensification des névroses ? Des effets dommageables sur la vie familiale, privée ou intime ? De la primauté des intérêts de l’institution ou du groupe sur les droits de la personne ? De l’appauvrissement de la vie sociale, culturelle et intellectuelle ? Du rejet  de toute responsabilité politique ? Du désaveu de l’action syndicale ? De la lourde tendance à traiter en interne ce qui relève de la justice civile, même au détriment des victimes ? De la vulnérabilité par rapport à des influences pernicieuses parfois véhiculées par des dirigeants? Des pertes financières ? D’un surinvestissement dans des formes de pensée magique qui emprisonnent les gens dans des chimères et les empêchent de mobiliser leurs potentialités dans la construction responsable d‘une vie équilibrée ?

En fait le phénomène sectaire, dans sa forme nuisible, se définit par la conjonction de certaines caractéristiques en nombre suffisant et à un degré suffisant pour que l’individu se retrouve dans une situation d’imprégnation, d’enfermement et de dépendance qui engendre un danger potentiel ou actuel, que la personne en soit consciente ou pas.

Il s’agit donc d’identifier ces différentes caractéristiques et leur potentiel de nuisance. Ensuite, il appartiendra à chacun de vérifier dans quelle mesure le groupe qu’il fréquente réunit suffisamment de ces facteurs à un degré qui soit préjudiciable. C’est à une telle analyse que je me suis livré concernant la communauté adventiste. Je livre ici le résultat de cette analyse.

FOURNIER et MONROY identifient onze des caractéristiques qu’on retrouve le plus communément dans le groupe sectaire.

Première caractéristique :  « Une idéologie alternative radicale, exclusive et intolérante ».

Les croyances adventistes offrent une idéologie qui va dans une large mesure dans ce sens. En effet, s’il est vrai que c’est une idéologie qui est partagée par bon nombre de groupes protestants fondamentalistes, elle ne se pose pas moins en alternative radicale par rapport à la perspective de la communauté chrétienne majoritaire composée des catholiques et des  protestants. C’est l’idéologie millénariste de la « Tragédie des siècles » qui conçoit l’expérience humaine sous l’horizon manichéen d’un affrontement entre le Christ et Satan, et tient les croyants dans la tension permanente de l’attente d’un retour imminent du Christ dans le monde.

Cette conception particulière diffère singulièrement de la conception chrétienne plus générale qui, quoique professant  la croyance en un « Christ qui viendra un jour juger les vivants et les morts » ne focalise pas avec une telle intensité sur une eschatologie cataclysmique imminente. D’autant plus que l’église adventiste conçoit la fin du monde en conjonction avec un mouvement de persécution où catholiques et protestants se liguent ensemble contre elle à cause de la question de l’observation du 7ème jour de la semaine comme jour de repos. Quoique professant une certaine parenté avec les chrétiens en général, et le protestantisme en particulier, l’église adventiste prône une idéologie qui implique en fait une rupture radicale avec ces groupes plus larges, voire une méfiance atavique et obsessionnelle vis-à-vis d’eux.

C’est de plus une idéologie exclusive et intolérante dans la mesure où l’église adventiste, dans sa doctrine de « l’église du reste » se proclame la seule véritable église, la seule qui « garde les commandements de Dieu et la foi de Jésus »,  suscitée spécialement par Dieu dans des temps de la fin comme championne de la cause du vrai Dieu. Elle ne se voit pas comme un simple choix ecclésial et doctrinal possible dans la grande  fraternité des églises chrétiennes, mais comme « la colonne et l’appui de la vérité » au sein d’un christianisme apostat, toutes les autres églises confondues. D’ailleurs, pour la plupart de ses membres, critiquer l’église adventiste, c’est attaquer Dieu, et quitter l’église adventiste, c’est se disqualifier du salut éternel.

Elle se donne donc pour mission de convertir autant de personnes que possible à la foi adventiste, avec le mot d’ordre : « Le message adventiste au monde entier en cette génération ». Elle a la vérité et les autres sont dans l’erreur. D’où son prosélytisme hyperactif.

Deuxième caractéristique : « Sa structure autoritaire et autocratique, sous la forme d’un gourou vivant ou d’une organisation bureaucratique héritière du message ».

Evidemment, dans l’église adventiste, il n’y a pas de gourou, mais un encadrement essentiellement composé d’une administration périodiquement élue par les représentants des églises locales, et d’un corps pastoral employé à temps plein et bénévolement aidé par un encadrement local périodiquement élu au sein des membres de la communauté.

En principe, il n’y a donc pas de structure autoritaire, et les modalités apparemment démocratiques de mise en place de l’encadrement devraient garantir contre les dérives autoritaires. Cependant, la réalité la plus courante, c’est que les administrateurs (presque tous des pasteurs), et les pasteurs des églises locales sont perçus par les fidèles comme possédant un statut qui les place ontologiquement au dessus du simple croyant et leur confère une autorité particulière. Ces dirigeants religieux partagent avec les gourous cette conscience exaltée d’eux-mêmes qui légitime et magnifie leur statut par ce qu’ils qualifient d’appel au ministère émanant de Dieu lui-même. En effet, être pasteur, c’est être « appelé par Dieu lui-même », être « oint de l’Eternel ».

Le MEMENTO DU PASTEUR, comparant le pasteur adventiste au grand-prêtre de l’ancien testament et à l’apôtre du nouveau testament, déclare dans ses toutes premières pages que « Le vrai ministre de Dieu ne s’est pas appelé lui-même. . . l’initiative ne vient pas de l’individu mais de Dieu. » Dans le même ordre d’idées, le même MEMENTO présente le pasteur comme quelqu’un qui est doué de « facultés supérieures ».

Ceci donne à entendre que tout pasteur serait quelqu’un de supérieur au croyant ordinaire, et qu’il aurait fait l’objet d’un appel direct et personnel de Dieu, un mandat d’origine surnaturelle l’investissant d’une légitimité et d’une autorité hors norme. La plupart des pasteurs et des fidèles sont convaincus de cela, ce qui est d’un poids déterminant dans leurs relations.

En tant qu’appelés de Dieu, « oints de l’Eternel », interprètes attitrés des Ecritures et porte-parole des doctrines officielles de la communauté, les pasteurs ont une parole qui fait autorité pour les fidèles. De plus, la religion adventiste étant de type totalitaire dans le sens où elle investit tous les domaines de la vie des croyants, la parole du pasteur retentit dans tous les compartiments de la vie, collective comme privée. Ceci est particulièrement vrai dans les communautés où le savoir relativement limité des fidèles donne une plus grande emprise à la parole et à l’influence des pasteurs. Cette parole est d’autant plus importante, qu’à la différence du catholicisme où c’est principalement la qualité de baptisé qui sauve, ou des grands courants protestants où c’est la foi en Christ qui sauve, chez les adventistes, c’est l’obéissance à la Parole qui sauve. Et cette Parole, c’est celle qui est proclamée par les pasteurs du haut des chaires sans qu’il y ait d’espace de questionnement de cette proclamation.

Même si la parole des pasteurs fait moins autorité aujourd’hui à cause de l’élévation du niveau de connaissance des membres, elle garde encore une forte influence et continue à formater profondément les esprits.

Quant aux anciens d’églises, ces laïcs dont la fonction est de seconder les pasteurs dans les églises, la plupart d’entre entrent dans le même schéma de fonctionnement que les pasteurs. Eux aussi aiment bien se gargariser du pouvoir qu’ils ont sur les membres de la communauté et entretiennent avec les pasteurs une sorte de complicité tacite. Ces derniers leur donnent du pouvoir sur les membres de la communauté, et eux à leur tour, renforcent le pouvoir du pasteur sur l’église.

Troisième caractéristique : « Il revendique une référence exclusive à sa propre interprétation du monde, qu’elle s’applique aux croyances, aux données scientifiques, à l’éthique, aux comportements quotidiens, aux rapports interpersonnels, aux moyens de  faire triompher la cause du groupe. »

Point n’est besoin d’épiloguer sur ce point. Tout adventiste capable de comprendre cette déclaration, sait que c’est exactement ainsi que fonctionne sa communauté. L’adventiste moyen n’a d’autre référence dans tous les domaines de la pensée et du comportement que ses propres croyances. Il expliquera donc toutes les manifestations de la vie sur terre à la lumière du texte littéral de la Genèse et rejettera en bloc toute explication scientifique qui en diffère.  Il apprendra à ses enfants à faire de même, quitte à ce que ceux-ci échouent à des examens ou s’éloigne de toute option professionnelle scientifique qui contredit ses croyances. Le rapport entre l’homme et la femme sera déterminé par la vision patriarcale des textes bibliques donnant la préséance à l’homme sur la femme, quitte à maintenir les femmes dans un statut de subordination à l’homme. Le rapport entre l’adventiste et le non-adventiste sera compris à la lumière des déclarations bibliques sur le principe de séparation entre Israël et les peuples païens. Le rapport et le recours au système judiciaire sera conçu en fonction de textes datant de deux millénaires, privant les victimes d’une juste défense de leurs droits. L’alimentation sera définie sur la base de la distinction entre pur et impur, telle que définie dans l’ancien testament, quelques soient les circonstances. Le soutien financier permettant le développement de la communauté et la réalisation de sa mission, est assuré grâce à la contribution des fidèles s’élevant à plus de dix pour cent de leurs revenus, quelques soient les difficultés financières des individus, parce que le système d’interprétation des textes bibliques par la communauté adventiste le veut ainsi.  Bref, tout, absolument tout, sera ramené aux seules croyances du groupe, tout le reste étant considéré sous emprise satanique et entaché d’erreur.

Quatrième caractéristique : « il préconise ou impose des ruptures de tous ordres : références antérieures, orientations personnelles, relations, convictions, libre critique, choix affectifs, les relations avec le monde extérieur devenant marquées par le rejet, la suspicion, voire la diabolisation. »

Là encore, on retrouve un fonctionnement typique de la communauté adventiste. Sans imposer ces ruptures de façon abrupte, l’idéologie adventiste y conduit en toute bonne logique. Se « séparer du monde » pour « devenir une nouvelle créature », ne pas « mélanger la lumière avec les ténèbres », sont des injonctions bibliques interprétées dans le sens de la rupture avec toutes les habitudes, les relations, les possessions, les activités, qui ne cadrent pas avec les valeurs très particulières élaborées par le groupe. Le problème, c’est que ces ruptures sont enseignées ou encouragées, même par rapport à des liens ou des pratiques qui peuvent être parfaitement légitimes d’un point de vue strictement chrétien dans des domaines tels que la musique, les loisirs, l’habillement et la parure, la culture, l’alimentation, etc. . Il ne faut plus aller au cinéma ou danser avec ses amis. Il ne faut plus porter aucun bijou. Il ne faut pas que les femmes portent le pantalon ou qu’elles se servent de cosmétiques. Il ne faut pas écouter les musiques réputées « mondaines » telles que le jazz, le reggae, le calypso, l’opéra ou le rock. Il ne faut pas jouer du tambour. Il ne faut fréquenter des « mondains » que pour les évangéliser. Il ne faut plus fréquenter les fêtes de quartier. Il ne faut plus se permettre des coiffures qui font « mondain ». Et la liste des ruptures s’allonge ainsi à l’infini.

Cinquième caractéristique :  « Il met en œuvre une transformation des personnes selon un type de modelage standardisant excluant l’autonomie. »

L’adventisme fait généralement un lien étroit entre la sanctification de l’individu et des normes assez précises de comportement qui s’imposent à tous indistinctement comme idéal de vie Ceci produit de fait une véritable standardisation des individus.  Ceci se vérifiait dans la pratique adventiste au point où on pouvait à une époque pas très lointaine repérer un adventiste dans la foule sans grand risque de se tromper. Il y avait quelque chose dans les apparences, les attitudes, le langage, qui était comme une marque commune à tous les membres de la communauté. Cette tendance, très lourde et visible auparavant, s’est atténuée, mais reste encore une tendance de fonds qui crée une forte tension entre le conservatisme stéréotypant et le besoin de libertés individuelles qui est puissamment alimenté par l’air du temps.

Sixième caractéristique : « Il récupère à son profit des forces vives, l’initiative, la créativité, l’énergie des adeptes, réalisant ainsi une instrumentalisation des individus au seul service du groupe et de ses chefs. »

Il existe chez les adventistes un concept qui porte le nom de « gestion chrétienne » ou « économat » qui prône exactement ce principe, à la différence que cette « consécration de toute la personne, de ses facultés et de ses biens » ne sert pas les intérêts particuliers des dirigeants, mais du groupe, car mettre tous ses talents au service de Dieu, se traduit concrètement par une entière dévotion à la cause du groupe.  C’est ainsi que les membres donnent beaucoup de leur temps pour le service de l’église, de leur argent pour la cause, de leurs forces pour du travail gratuit, etc. Les églises adventistes sont des ruches bourdonnant d’activité où les abeilles ouvrières s’activent constamment sous des formes multiples et variées « au service de Dieu », chacun ayant son « ministère ».

La croyance en l’imminence de la fin du monde engendre un désinvestissement sur le plan personnel et social et un surinvestissement dans les besoins de la cause.

Dans beaucoup de familles adventistes, les gens se reprochent mutuellement de mettre davantage de temps et d’énergie au service du temple qu’au service de leurs proches.

Septième caractéristique : « Il multiplie promesses et assurances de tout genre : développement personnel, salut élitiste, toute-puissance sur soi-même, santé, pouvoir collectif, promotion interne. »

Le slogan « Christ est la solution » couramment utilisé dans la communauté adventiste comme dans toutes les communautés protestantes fondamentalistes, résume cette approche de la religion comme participation à la toute-puissance de Dieu. La prière est considérée comme l’arme absolue pour traiter tous les problèmes, qu’ils soient médicaux, familiaux, financiers, psychologiques, relationnels, ou autre. La foi devient puissance magique. On voit naitre des mouvements fanatiques et illuminés comme les Guerriers de la Prière qui exacerbent l’illusion de la toute-puissance de la prière.

Par ailleurs, il existe bien un système de promotion interne qui va des formes de participation les plus insignifiantes (comme faire une prière en chaire) jusqu’à la participation à la direction des églises locales  et à l’administration des régions plus ou moins étendues (comité de Fédération ou d’Union). Sur la base de son expérience, de son engagement, de sa loyauté, et de ses capacités, le membre se verra confier par sa communauté des « postes » et des responsabilités de plus en plus élevés. Ceci constitue l’un des plus puissants facteurs de fidélisation pour des personnes de condition socioprofessionnelle modeste.

Huitième caractéristique : « il masque les coûts réels, les contraintes, les risques, l’emprise progressive, les transformations dans le sens de la dépendance. »

Il n’y a au sein de la communauté adventiste aucune volonté individuelle de masquer le processus qui aboutit à la dépendance, car il n’y a pas de gourou ni de « conspiration des dirigeants ».   C’est l’ensemble des membres de la communauté qui, à cause de leur idéologie particulière, créent les conditions de ce processus. C’est le facteur religieux, le fait d’agir « pour la cause de Dieu » qui masque la véritable nature du processus avec ses mécanismes et ses résultats. C’est le « cerveau collectif », mû par une idéologie commune, qui gère ce processus, ce qui le rend d’autant plus imperceptible et efficace. Deux ou trois exemples entre mille :

Lorsque les membres de la communauté descendent dans les rues chaque année durant des semaines pour procéder à la collecte annuelle, ils violent la loi en procédant à des quêtes publiques pour lesquelles ils n’ont pas d’autorisation préfectorale, en présentant des « cartes de quêteurs » qui ne leur sont délivrées que par les églises, et en utilisant une partie des fonds récoltés à des fins internes au fonctionnement de la communauté. Ces personnes se retrouvent sans le savoir sous le coup de la loi. Mais personne n’a organisé consciemment cette violation de la loi. C’est le zèle collectif qui, à la faveur de la négligence des pouvoirs publics, a mis en place la violation.

Lorsque dans une église, on « récupère » l’alimentation en électricité à partir du réseau public grâce à un câblage sauvage qui fait fi de toute norme de sécurité et qu’un diacre meurt électrocuté pendant un nettoyage des locaux de l’église, il n’y a eu nulle part une volonté expresse de transgresser. Les choses se font toutes seules dans l’intention de « servir Dieu ».

Lorsqu’un diacre fait venir des jeunes au temple pour un grand et joyeux nettoyage, puis qu’il récompense ces jeunes en les emmenant prendre un bain de rivière par temps pluvieux, et que l’un d’eux se noie à la faveur d’une crue soudaine des eaux, il n’y a pas de calcul derrière toute cette mise en danger de la vie d’autrui, mais la simple volonté de servir l’église.

Tout le monde est totalement dévoué à la cause, et c’est à faveur de cette dévotion que les risques sont subis, et que la dépendance s’organise.

Neuvième caractéristique : « Il exploite les inquiétudes et les peurs, développe la culpabilité, la crainte du rejet, la hantise de la déloyauté, la surveillance réciproque. »

Peur de la mort, peur de l’enfer, peur d’être sanctionné, peur d’être pointé du doigt, et regard omniprésent des membres de la communauté, tels sont les facteurs essentiels de la mise au pas morale et comportementale des membres de la communauté. Cela porte le nom de « foi toxique ». Les prédicateurs les plus clairvoyants le savent et tentent de lutter contre le phénomène. Ces prédicateurs portent des noms comme Morris Ven Den ou Georges Knight. Ils tentent parfois de créer un courant de pensée assez fort pour lutter contre le phénomène, comme ce fut le cas avec la revue anglophone d’inspiration australienne : Evangelica. Mais ce ne sont que des cas isolés et sporadiques. Le courant permanent, c’est celui d’un légalisme culpabilisant avec tout le système de normes, de surveillance réciproque, d’intrusions dans la vie privée, et de sanctions qu’il génère.

Dixième caractéristique : « Il rend problématique à divers égards la perspective de quitter le groupe, devenu une prothèse relationnelle entourée d’alternatives menaçantes ou vides. »

En principe, on entre et sort librement de la communauté adventiste, et cela se fait sans grandes difficultés si le passage au sein du groupe n’est que de brève durée. Les choses se compliquent avec le temps. Le formatage religieux, l’implication dans un réseau idéologique, relationnel, et affectif, crée une situation qui rend la sortie  problématique.

Quitter le groupe n’est pas simplement considéré comme un choix libre et sans conséquence. C’est une déchirure culpabilisante. Du point de vue du groupe, c’est un abandon, une apostasie dont les conséquences sont supposées affecter le salut de l’âme. Ne plus être adventiste, c’est être voué à la perdition puisque c’est la seule véritable église qui regroupe en son sein ceux qui sont appelés à être sauvés.

Celui qui s’éloigne du groupe durant un certain temps est considéré comme un « membre refroidi » qui fait l’objet des tentatives de récupération de la communauté. Et celui qui quitte formellement le groupe est considéré comme ayant « abandonné la foi », même s’il reste un authentique croyant qui a simplement évolué dans ses croyances.

Plus le temps passé au sein de la communauté aura été long, plus celle-ci aura pris de place dans tous les compartiments de la vie de l’individu, et plus douloureuse sera la séparation par rapport au poids de culpabilité qui s’y attache et au vide qui s’en suit. Les souffrances psychiques peuvent être du même ordre que celles d’un drogué en sevrage, surtout si l’individu qui quitte le groupe n’a pas la claire conscience de faire cette démarche pour des raisons qu’il estime légitimes.

Les rencontres subséquentes avec les anciens coreligionnaires sont souvent culpabilisantes à cause de déclarations « compatissantes » du genre « Nous prions pour toi », « Nous espérons que tu reviendras avant qu’il soit trop tard », etc.

Onzième caractéristique : « Il comporte des dangers variables, selon les groupes, pour le libre arbitre, l’autonomie, la santé, l’éducation, et dans certains cas les libertés démocratiques ou la sauvegarde personnelle. »

Ces dangers, existent-ils dans l’église adventiste ? On ne peut vraiment s’en rendre compte que lorsqu’on tente d’aller à contre courant de la dynamique sectaire. Aussi longtemps qu’on s’y conforme, il est impossible de l’identifier. Le poisson dans son bocal n’a pas conscience d’être dans l’eau. C’est s’il se retrouve hors du bocal qu’il prend conscience de l’eau à cause du manque. De même, les adventistes subissent les atteintes à la personne sans s’en rendre compte parce qu’ils y sont accoutumés et que le formatage dont ils font l’objet légitime ces atteintes. C’est comme les gens qui vivent dans des zones insalubres et malodorantes, mais qui ne s’en rendent absolument pas compte parce qu’elle y vivent depuis toujours. Ou comme les prisonniers de la caverne de Platon qui sont persuadés que leur monde est normal et que c’est le seul possible.

La liberté de pensée est fort limitée dans la communauté adventiste. L’esprit critique y est fortement découragé ou réprimé. Les atteintes à la vie privée et à la dignité de la personne y sont courantes dans le cadre de l’exercice de la discipline. Le droit du travail y est bafoué dans le cas de travailleurs non déclarés ou privés de cotisations sociales. Des employés y sont malmenés alors même qu’on les décourage d’avoir recours à l’arbitrage prudhommal.  Les gens subissent une ponction financière importante au nom du principe de la dîme. Les croyances particulières sur le droit des gens à divorcer et se remarier créent des situations de profonde souffrance. Le recours naïf à la prière détourne les gens des praticiens tels que les médecins, les psychologues ou les conseillers familiaux, avec toutes les conséquences désastreuses que cela comporte. Des talents sont avortés et des carrières empêchées à cause des vues particulières sur le rapport de l’église au monde. Et la liste s’allonge à mesure de l’observation.

Ces dangers sont masqués par les bénéfices tirés de l’adhésion au groupe : moralité plus vertueuse, abandon de vices sociaux tels que l’alcool, le tabac et les stupéfiants, apaisement des angoisses existentielles, protection des jeunes de la délinquance, nouvelles habitudes plus propices à la santé et à la longévité, etc. Mais derrière cette vitrine qui est mise en avant dans la propagande du groupe, il y a une part de réalité moins bénéfique.

Si on se demande comment il est possible que les membres de la communauté puissent se laisser enfermer dans de ce qui apparait comme une vraie dérive sectaire, la réponse, c’est le syndrome du homard. Il peut être cuit vivant, mais à condition qu’on le mette d’abord dans l’eau tiède et qu’on augmente au fur et à mesure la température. Si on le plongeait brutalement dans l’eau chaude, il réagirait en sautant hors de l’eau.

Ce syndrome du homard illustre le processus de l’embrigadement décrit par FOURNIER et MONROY.

Il commence par une phase de séduction. C’est celle qui est consciemment mise en œuvre dans les campagnes d’évangélisation menées par l’église adventiste : mouvement de masse dans des happenings sensationnels, décor, musique, accueil chaleureux et élégant, témoignages, réconfort, prédicateurs dynamiques et persuasifs, et pardessus-tout un message qui semble porter réponse à tous les facteurs inquiétants ou déstabilisants d’un monde déroutant dans sa complexité et son agressivité.  L’adhésion à ce message est sollicité par des appels successifs allant du moins engageant (simple prière pour vos besoins)  au plus engageant (le baptême), et donne lieu à un engagement public qui marque la réussite de l’embrigadement.

Ensuite, vient la phase de transformation de la personnalité qui aboutit à la dépendance sectaire.

Cette phase comporte une première étape de déstabilisation au cours de laquelle tous les repères habituels du nouveau converti sont remis en question. Elle s’accompagne de mesures de « consolidation » pour éviter que cette déstabilisation ne se solde par l’abandon précoce du nouveau converti.

Puis la personnalité est progressivement reconstruite au gré d’un apprentissage doctrinal et comportemental.

Dans le même temps, se mettent en place des mécanismes de désappartenance qui font que le nouveau converti se désinvestit d’un certain nombre de relations sociales ou affectives antérieures pour se réinvestir dans sa nouvelle communauté. Ce nouvel investissement est récompensé et donc renforcé par les « promotions » successives : postes de responsabilité de plus en plus importants.

Tout ce processus d’embrigadement forge une mentalité qui emprisonne l’individu de l’intérieur. Il n’est pas contraint de l’extérieur par qui que ce soit, mais par le formatage intériorisé. Il devient le plus parfait adepte qui soit, celui qui n’a plus besoin de contrainte externe pour se constituer une partie indifférenciée et définitive du tout.

A ce point, je préfère citer FOURNIER et MONROY dans le texte : « L’obéissance, voire la soumission, font partie du prix à payer pour l’appartenance. Elles ne pèseront pas trop tant que l’image des dirigeants sera nimbée de qualités exceptionnelles. Plus difficile à supporter à la longue sera le fait de devoir ‘avaler des couleuvres’, parler et agir contre son intime conviction, voire contre sa conscience, participer à des actions que secrètement on réprouve. Tout cela pèse à la longue, mais peut longtemps rester sans traduction pratique, tant sont puissantes les forces attractives. »

En fait, nombreux sont les adventistes qui sont de plus en plus mal à l’aise avec leur expérience au sein de la communauté : nourriture spirituelle médiocre, milieu mesquin et difficile, impression de vivre avec une camisole de force, sensation de stagnation spirituelle, malaise par rapport au comportement des dirigeants, fardeau culpabilisant de la dîme, etc.

Mais un discours bien rôdé maintient l’emprise : c’est la véritable église, celle qui se rapproche le plus de la vérité biblique ; l’église est un hôpital où il faut s’attendre à trouver du bon et du mauvais ; l’œuvre appartient à Dieu qui saura faire justice en temps voulu ; il faut bien avoir une église, et c’est la moins pire de toutes, etc. .

Evidemment, une analyse sérieuse fait voler en éclat tous ces lieux communs des groupes religieux fondamentalistes et sectaires, mais l’esprit critique anesthésié s’y livre difficilement.

Deux points devraient cependant faire l’objet de la réflexion des personnes concernées.

Le premier, c’est l’erreur fondamentale des adventistes du septième jour et des groupes protestants fondamentalistes qui considèrent que « Les Saintes Ecritures, Ancien et Nouveau Testament, sont la Parole de Dieu écrite. . . le récit digne de confiance des interventions de Dieu dans l’histoire. »

Dire que les écrits bibliques contiennent la Parole de Dieu, et dire que la Bible est la Parole écrite de Dieu sont deux choses très différentes. Dans le premier cas, on considère que la Révélation est contenue dans la Bible sans qu'on fasse du contenu littéral l'xpression au premier degré de cette révélatin. Dans le second cas, on établit une équation entre le contenu littéral de la Bible et la Parole de Dieu, engendrant ainsi une approche « fondamentaliste » qui prend la lettre de la Bible pour la vérité éternelle et universelle, avec toutes les aberrations qui en découlent. En effet, la Parole de Dieu ne se confond pas avec la lettre du texte, car Dieu ne s’est jamais mis en mots comme le croient les kabbalistes, et n’a pas toujours, loin s’en faut, communiqué des pensées ou des propos aux auteurs de la Bible.

De ce premier point découlent des implications importantes pour la doctrine adventiste qui est essentiellement basée sur une interprétation fondamentaliste et par conséquent erronée des textes bibliques.

Le deuxième point, c’est la croyance générale et  têtue, quoique qu’officiellement désavouée par un certain nombre de penseurs attitrés au sein de la communauté adventiste, selon laquelle le croyant est sauvé par la foi en Christ et l’observation des dix commandements. Ceci est tout simplement faux. Selon la Bible, l’individu est sauvé uniquement et exclusivement par la foi en Christ. Ces deux points de vue sont antagoniques et irréconciliables. Or la construction théologique, doctrinale et éthique de l’église dépendra du fondement qui aura été retenu : la foi en Christ seule, ou bien la foi en Christ et la loi. L’église adventiste n’a jamais su trancher et s’empêtre indéfiniment dans une aspiration évangélique viciée par un légalisme favorable à la dérive sectaire.

 

 

 

 

 

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Published by Joël VALLERAY
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commentaires

Rania 04/03/2014


Il  existe un fait  qui atteste que l'adventiste croit définitivement être le seul détenteur  absolu de la vérité ,de la parole divine  et que toute  croyance qui n'est
pas conforme à on dogme   est erroné , voire diabolique : la  fameuse devise des MV :" le message adventiste au monde entier en cette génération " . Le message évangélique 
n'est plus le message à diffuser . On n'attire plus le monde vers le Christ mais , le dessein est avant toutes choses de convertir les autres à l'adventisme avant toute chose . Jésus n'est plus
le chemin , la vérité et la vie ...  l'adventisme est érigé  en  voie obligatoire , incontournable pour accéder au salut .Le manque d'humilité , l'arrogance , l'intransigeance , le
légalisme , l'absence de bienveillance , de compassion ont marqué de leur empreinte le sectateur adventiste en général .

philippe 05/03/2014


" se l'approprier" c'est ce qu'ont fait les adventistes. ils ont même réussi je ne sais par quel moyen, à convertir Dieu. hé oui! Dieu est maintenant adventiste.

marie B 05/03/2014


C'est vrai... Pourquoi pas : " le message chrétien au monde entier en cette génération ", ou au moins : " le message chrétien adventiste au monde entier en cette génération " ?

KATCHOPINE 09/03/2014


Beaucoup de chrétiens pensent que l'appellation " enfants de Dieu " suffit à constituer une identité à elle seule... Excluant toutes
considérations ethniques, historiques, sociologiques, géographiques etc... Une telle conception restrictive de la notion d'identité me parait erronnée...

Miguel Faure 10/03/2014


L'ouvrage Détresse créole (2001) de Raymond Massé, est hautement conseillé. Il s'achève par un chapitre consistant sur les églises fondamentalistes, adventisme du septième jour compris.

Miguel Faure 10/03/2014


Raymond Massé: Détresse créole, ethnoépidémiologie de la détresse psychique à la Martinique, 2008 éditions PUL.


chapitre 9: Religion et détresse.

Miguel Faure 10/03/2014


C: Détresse créole, 2008. Et non pas 2001.


A lire, absolument !

NYABINGHI REBEL 15/03/2014


Le fondamentalisme sectaire maintient captifs tous ceux de " toutes races ", de toutes religions, de tous continents qui ont voulu se rapprocher en toute
sincérité de l'idée qu'ils se faisaient de la divinité pour faire face aux difficultés de la condition humaine... Il sépare ceux et celles qui s'aiment, ils divisent les familles, il produit la
violence... LE FONDAMENTALISME SECTAIRE EST UN POISON ET UNE SALOPERIE...

Ismael ZEPHYR 15/03/2014


Pire que la chlordécone, parce qu'attaquant directement les neurones dès l'enfance...

JOEL 16/03/2014


C'est vrai que du fait qu'on est entrer en religions on a une petite famille on ne frequente pas trop les cousins proche ou eloigné ; on ne va ni dans les bapteme ni les premiere communions et
rarement dans les marriages des autres a cause de la musique profanes ; on ne connait personne

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